Méditation Épiphanie 2020

Méditation de l’Évangile selon Saint Mt 2, 1-12

Epiphanie : fête de l’apparition. Apparition de qui et de quoi ?

Des mages venus d’orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

Des hommes d’un autre pays, d’une autre langue, d’une autre religion se déplacent  pour montrer leur respect à quelqu’un qui n’est pas comme eux, qui ne prie pas comme eux, qui n’a pas les mêmes coutumes et les mêmes traditions… Voilà belle lurette que l’économie, la politique, et même parfois la religion ont changé les rapports entre les peuples : ceux qui viennent ici ne sont pas des savants astrologues, ils viennent poussés par la nécessité du travail et de la survie de leurs familles. Mais quelle que soit la raison du voyage, est-il encore possible d’établir une relation dans laquelle s’établit entre des gens différents une telle relation de respect et d’admiration, dans la différence ?

« Où est le roi des juifs qui vient de naître ? » Attention et sensibilité à ce qui est petit, insignifiant. Etre attentifs aux signes de reconnaissance dès la naissance de ces signes. Je ne crois pas aux grands arbres, je crois aux germes au ras du sol. Les mages ne sont pas venus reconnaître un modèle, un système, une organisation même religieuse. Ils sont venus voir ce qui est avant tout cela et qui est commun à toute l’humanité : un enfant.

« Le roi Hérode fut pris d’inquiétude… et tout Jérusalem avec lui»  C’est le paradoxe entre la force du pouvoir (Hérode) et la force de ce qui est au centre, de ce qui est établi (Jérusalem) et d’autres forces : celle du savoir et de la sagesse (Mages), celle de la fragilité, du périphérique, du lointain. Je pense à Gandhi, Nelson Mandela, Mère Teresa et tant d’autres anonymes.

Si Hérode avait eu devant lui une armée, il n‘aurait pas été inquiet : il sait se battre. Il est inquiet parce que les armes ne sont plus celles qu’il connaît : ce sont celle du respect, de l’intelligence, de la beauté…

Les mages ne se trompent pas de but : ce n’est pas le pouvoir de la force, c’est la royauté du vrai et de l’invisible aux yeux du pouvoir.

« Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. »

Les mages ne sont pas devenus juifs, encore moins chrétiens. Ils repartent cependant différents. L’autre ne change pas mon identité mais il change mon humanité.

 Est-ce que la rencontre de l’autre me change ?

Suis-je, dans ma foi en Jésus Christ, un signe qui est offert sur la route des autres avec qui je vis et qui sont différents. Est-ce que l’Évangile a pris suffisamment le pouvoir dans ma vie pour que, sans y adhérer, d’autres y reconnaissent un signe fort et le respectent ?

Les Mages de l’Orient n’ont pas emporté l’Eglise dans leurs bagages de retour. Ils semblent être venus en Palestine pour vérifier un point d’astrologie et n’en sont pas repartis chrétiens. Leur démarche me parle plus de la quête humaine pour se comprendre dans le monde, le cosmos. S’il y a  manifestation de Dieu  en cet enfant, Jésus, ce n’est pas pour réduire Dieu à un système religieux, le mien, c’est pour faire apparaître en tout visage humain, même le plus petit, le visage de Dieu à reconnaître, respecter et honorer.